Musique en mi et vins des Mineurs à la Bragora

Quand deux Vénitiens vénitiens vénitiens se demandent l’un l’autre comment se terminait déjà ce proverbe « biri, bari e bragora »… entendu dans leur enfance, c’est que le proverbe en question est sans doute tombé en désuétude. C’était seulement les années cinquante pourtant.

Biri (entre San Canzian et les Fondamente Nuove), Bari (derrière San Giacomo dell’Orio), Bragora, le plus facile à trouver sans doute : derrière la Riva degli Schiavoni. “Biri, Bari, Bragora” dit le proverbe, “quartiers impossibles !” Mais il le dit en latin : Biri, Bari, Bragora, libera nos domine ». Quartiers un peu rock n’roll autrefois.

Des trois, c’est sans doute la Bragora qui est resté le plus DOC (di origine controllata, telle est l’expression consacrée). Non que l’on soit parcouru de frissons d’angoisse en le traversant, mais Castello, où se trouve donc le Campo de la Bragora est resté longtemps très populaire, et longtemps très vénitien (équation peut-être un peu hardie, mais malgré tout, si on s’en tient à la loi des grands nombres, elle peut se défendre).

Donc, à la Bragora, sur ce joli Campo, à l’entrée duquel on trouve encore des cafés assez crasseux pour les qualifier d’authentiques, commence demain la fête de San Giovanni, du nom de l’Eglise du campo et de la nuit du solstice, qui durera jusqu’au 24.

ALLEZ Y !

Ambiance sagra, ça veut dire, ambiance grandes tablées de bois,  plastique sous toutes ses formes (assiettes, couverts, gobelets), cuisine et ombre vénitiennes, touche familiale garantie, scène, musique, danse, films, théâtre, le tout est très bon enfant et point n’est besoin de considérer le picrate avec méfiance, au seul motif qu’il est très bon marché : la supériorité de l’ombra vénitienne tient à ce qu’à la différence de l’exécrable chardonnay dont le garçon de café parisien a l’impression de vous faire l’aumône, elle ne donne pas mal à la tête dans la minute… ni même le lendemain !!

Une jolie fête, avec ses aspects un peu convenus  (comme peut l’être un verre place Sainte-Marthe, où une passion de Telerama pour un film kirghize) : on y verra un film de Tinto Brass, on y entendra un concert, le 22, dans l’Eglise de la Bragora,  des Galere di Fiandra e Siria, groupe vénitien se consacrant surtout aux musique médiévales et de la Renaissance d’Italie, d’Espagne, des Balkans, de Grèce, de Turquie… Bref, beaucoup de musique de l’Europe en Mi  (ah ! merveilleuse Europe en mi… celle où survécut à l’offensive des modes majeur et mineur le joli mode de mi), et dans l’Eglise, un très beau Cima da Conegliano.

Quand aux mineurs, les frères, ils seront indirectement présents : l’association au nom évocateur La laguna nel bicchiere sera là durant la fête, pour vous faire goûter les productions des vignes vénitiennes (San Francesco della vigna, ça tombe comme de juste,  et autres couvents) , de la lagune (Mazzorbo, Murano) et de la Giudecca.

Festa della Bragora 21-24 juin, tous les soirs à partir de 18H00-18H30- 19H30… c’est selon..