L’axe Venise-Rio

Palais, privés ou non, pavoisés, foules aux balcons,  un verre de prosecco à la main, les pontons noirs de monde, le pont de l’académie au bord de l’effondrement (c’est pas vrai, mais évidemment, le trafic y était régulé, et les faiblesses du pont de l’académie, c’est un autre discours), et sur l’eau…..des ballons, des couleurs, des embarcations à dix, douze rameurs, à l’arrêt, sur les bords du grand canal, ou chacun porte les couleurs des clubs de barque, attendant fébrilement (avec une ombra parfois pour lutter contre la fébrilité) les héros du jours  : les régatants de la regata storica.

Régatants et régatantes, adolescents et adultes, à deux sur le gondolino pour LA régate historique prestigieuse, à six sur les caorline, à deux sur les mascarette.Ils vont… viiiiiiiiiiiiiiiiiiite ! très vite !  Palmiro Fongher, à cet égard, le Roi de la rame (avec son frère Bepi, titre qui vient de ce qu’ils ont gagné 12 fois la regata storica.. il y a maintenant quelques décennies),  m’a expliqué un jour qu’il donnait 59 coups de rame par minute, au départ des régates.

Nos héros donc  remontent et redescendent le grand canal, sous les cris, les applaudissements ; la regata storica, ce n’est pas une kermesse pour touristes (et là, j’ai les noms des vénitiens qui vont me hurler dessus et m’expliquer que les temps de la fête populaire, à force de législations réduisant le nombre de bateaux de spectateurs, sont révolus) ; c’est spontané, joyeux, et que l’on se réjouisse et applaudisse de la dodesona (une embarcation à douze places) où le port du t-shirt à rayure est requis,  au balcon du circolo dell’unione, où l’on ne pénètre pas sans cravate, cela semble donner un écho formidable aux discours que semblent affectionner les septuagénaires vénitiens que je harcèle parfois pour leur demander : “mais avant, Venise, c’était comment ?”, et qui souvent me répondent : “avant ? avant, nous étions unis !!! Unis.”

Et là, j’ai découvert la poudre : le sport comme ciment social. Et l’eau comme ciment à Venise……..

C’était beau, et la dispersion de toutes les embarcations des spectateurs était absolument merveilleuse !! Un chaos indescriptible de barques colorées, de toutes formes, à moteur, à rame, à un, à dix, sur le grand canal. Mais les poppieri et poppiere connaissent les cent coups de rames pour manoeuvrer délicatement la barque, en évitant les heurts.

(photo : Rudi et Igor Vignotto sur le gondolino bleu, et  Roberto Angelin et Fabio Barzaghi sur le violet, à quelques dizaines de mètres de l’arrivée. Les Vignotto ont gagné).