Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville

Ce mois d’avril est particulièrement froid et pluvieux. Il pleut à Venise : l’eau partout, en haut, en bas, sur les murs, la calle étroite dont l’humidité est si pénétrante que vous avez l’impression d’être un Saint Sébastien (…avec ses flèches), la lumière réduite à sa plus simple expression.

Que faire ?

1- Adopter la position éco-responsable : il n’avait pas plu depuis des mois, les lacs de montagne sont presque à sec, les poissons dépérissent, le niveau des nappes phréatiques était dangereusement bas, la menace de sécheresse était telle que l’on commençait à parler d’éventuelles politiques de restriction de l’eau. Ma bonne humeur fait du bien à la planète, vive l’éco-responsabilité ! (nb : cette position demande quand même un certain courage…)

2- Devenir touriste parapluie-responsable : les calli son étroites, et le rythme du pas vénitien est soutenu. Il faut donc s’adapter et se lancer dans le ballet du parapluie levé très haut, incliné, à droite, à gauche, et avoir cette fierté de ne pas être le touriste inerte, au pas d’une lenteur sinon exécrable pour le résident du moins… douteuse pour l’harmonie des flux, qui se promène béatement, parapluie ouvert à la mauvaise hauteur, au milieu de la calle, sans s’apercevoir de l’existence d’un tel ballet, encore moins de ses codes. Vive le touriste parapluie-responsable, il participera à la bonne humeur générale, fera la joie des Vénitiens.

3- Adopter la saine réaction enthousiaste du touriste qui sait que la ville a bien trop de musées, d’églises, de galeries à visiter longuement pour que la pluie ait une incidence quelconque sur ses programmes et son moral. Et aller se consoler dans le spritz en fin de journée.

4- Commencer à penser que P. Assouline n’avait pas peut-être pas entièrement tort quand il avait utilisé cette expression qui vous avait tellement agacé pour désigner Venise : “labyrinthe moisi”, se laisser gagner par une douce et profonde dépression et se dire que de toute façon, si on vient ici, c’est pour vivre à fond le sentiment de délabrement physique et moral, s’abandonner à un profond désespoir.  A quoi ça sert d’aller à Venise si c’est pour ne pas déprimer au moins quelques heures ? Ce serait rater son voyage ou la moitié de la littérature sur la cité lagunaire.

5- Penser qu’en Bretagne… il arrive aussi parfois…. dit-on…..qu’il pleuve.