Gracile Clara

On voyageait comme un rien au XVIIIe. Casanova dans toute l’Europe, Voltaire à l’Est, Rousseau à Montmorency (aussi loin que Genève ou Venise dans l’esprit de ses contemporains, et sans doute des nôtres). Mais il y eut aussi cette grande voyageuse, dont on ne parle pas assez : Clara. Une star. Tout le monde voulut la voir : Marie Thérèse d’Autriche à Vienne, Frédéric II de Prusse à Berlin, Louis XV à Versailles (et je vous fais grâce de la liste des princes électeurs de cette chose compliquée  qui s’unifia au XIXe par le fer et  le sang). Elle séjourna à Londres, Rotterdam, Naples, etc. Gravures, porcelaines à son effigie, perruques et parures à la mode Clara, épigrammes, monographies : elle enchanta tout le monde. Gracieuse créature âgée d’un an quand elle arriva pour la première fois à Rotterdam, elle fut emportée à l’âge de vingt ans.

A Venise, elle avait connut le Carnaval. C’était en 1751. Et Longhi, lui aussi, en avait fait deux toiles.

Est-ce Clara ou un autre rhinocéros, celui qui fut offert au Roi Manuel Ier du Portugal plus de deux siècles auparavant, qui est cité dans le film de Fellini (Et vogue le navire, dans des scènes fantastiques que je ne trouve pas en ligne, enfer et damnation !), ou aucun des deux, je ne sais. Ce qui est certain, c’est que ce tableau de Longhi (ci-dessus), visible à Ca’Rezzonico, me ravit. Que n’aurais-je donné pour porter une perruque à la rhinocéros !

Alors à défaut de Fellini : ci-dessous, Dürer et le Rhinocéros de 1515, arrivé des Indes lui aussi.