Equilibres

Il est à peu près aussi facile de trouver des cigarettes à Venise un 14 août à 14H00, qu’à Paris un dimanche soir n’importe quel jour de l’année. J’errais donc en quête de tabac ouvert  sur des fondamenta si désertes que j’avais aussi une bonne pensée pour Eastwood dans la Sierra Leone, quand je finis par croiser deux êtres animés, dont l’un dit à l’autre en français : “Quand même les gondoliers à la fin de la journée, ils doivent avoir mal au bras”.

La remarque m’a fait sourire : en effet, s’il doit arriver que les gondoliers aient un jour mal au bras, ça sera après avoir manié de l’excel pendant des heures pour calculer leur chiffre d’affaires annuel (à ceux qui diront que le bénéfice net est plus long à calculer je répondrais :”naturellement”) et ce qui est certain c’est que ce couple avait fort mal observé leurs gestes.

A Venise tout est système et équilibre, du palais sur ses forêts de pieux plantés dans la vase, à la danse du gondolier (un petit déséquilibre dans les proportions résidents/ touristes a toutefois été récemment observé). C’est en effet bien d’un ballet qu’il s’agit : bras ET jambes.

L’impulsion vient des jambes, le corps en entier donne la vitesse, les bras, la direction. C’est tout simple…en théorie ! Le système est si parfait qu’autrefois les familles choisissaient un gondolier, et faisaient construire la gondole en fonction du poids de celui-ci. L’embonpoint venu avec la crise de la quarantaine n’était donc pas exactement prévu…

Penser donc que les gondoliers ont mal au bras, c’est à peu près comme imaginer qu’ils représentent quelque chose de romantique. Maintenant, être porté par une embarcation à rame dans Venise, c’est quand même ce qui peut vous arriver de mieux, puisque le sens de la ville, c’est d’être vue de l’eau.