c’était il y a 18 ans ….

Trois jours durant, on entendit les hélicoptères. C’était en janvier 1996. Un soir, nous avions fini de dîner, mes joyeux collocataires et moi-même, quand le téléphone sonna. Trois minutes après nous étions tous dehors. Dès  la place Saint-Marc, nous pouvions voir ce rougeoiement inquiétant dans le ciel, au-dessus du Correr.

Sur place le spectacle était effarant. Des canaux vidés de leurs eaux, on les draguait depuis des mois. Des pompiers courant partout, donnant l’impression qu’ils allaient éteindre un brasier haut d’une bonne dizaine de mètres avec des sceaux d’eau.

La Fenice brûlait.

C’était il y a dix huit ans, je me souviens parfaitement du moment où le toit s’effondra. Il y eut ce fracas épouvantable bien sûr, mais surtout le jaillissement des flammes dont la hauteur doubla soudain. Et dans cette vision assez cauchemardesque, je me souviens aussi de cette femme, très feutrée,  à l’élégance très sobre, vénitienne manifestement, qui rencontrant un ami, lui dit d’une voix posée : « Oh tu es là aussi ? ». J’aurais pensé qu’à sa place, il fallait s’arracher les cheveux,  se mettre à pleurer dans les bras de ses amis, hurler à la tragédie ! Non, c’était tout en retenue, et en tristesse contenue, en résignation. Il fallait y être bien sûr ; c’était dramatique, c’était aussi un rendez-vous mondain.

Une amie ne se trompait pas, qui avant même que je n’en parle me dit, quelque temps plus tard, alors que je passais à Paris : «Tu as raté l’enterrement de Mitterrand, mais tu as vu l’incendie de la Fenice ! »

Quelques semaines après, on apprenait que l’incendie était criminel, naturellement.

Ce qui fut drôle ensuite, c’était le vaporetto qui allait à la Palafenice, cette espèce de tente montée au Tronchetto, où se déroulèrent les spectacles. Vaporetto aux voyageurs sur-habillés. Même en temps de Biennale, on ne voit pas une telle homogénéité (ou incongruité ?).

Voilà, hélices et souvenirs.